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Traverser les frontières

Le documentaire comme métaphore

Le documentaire comme métaphore

Le documentaire comme métaphore

House et Wadi, deux trilogies documentaires filmées pendant un quart de siècle
Ananas

« House et Wadi sont deux films pour lesquels j’ai éprouvé le besoin de revenir, plusieurs années plus tard, sur les mêmes lieux pour filmer les mêmes personnes. Wadi est pour moi une sorte de site archéologique, chaque personnage représentant une couche particulière d’une archéologie humaine. En fait, chaque film est pour moi comme un nouveau chapitre d’une chronique : j’enregistre différents états du territoire comme autant de couches archéologiques, parce qu’Israël se vit encore comme un État sans histoire, qui déploie des efforts surhumains pour excaver un petit morceau de mur de l’époque de Salomon et raser des quartiers entiers. On est toujours dans l’abstraction de la période sioniste. Avec House et Wadi, ce qui m’intéressait c’était d’enregistrer, grâce à ces films tournés à plusieurs années de distance, les transformations humaines à l’intérieur d’un même site.
Pour Ananas, tout part d’une étiquette. Un jour, en ouvrant mon frigo, j’ai regardé de près une boîte d’ananas ; elle avait été fabriquée aux Philippines, mise en boîte à Honolulu, distribué à San Francisco, et l’étiquette « imprimé au Japon ». C’était une illustration concrète de l’économie des multinationales. Ananas, c’est un peu comme House : un microcosme ».

House (1980)

House retrace les changements de propriétaires et d’occupants d’une maison de Jérusalem-Ouest. Après le départ de son propriétaire, un médecin palestinien, en 1948, elle a été réquisitionnée par le gouvernement en vertu d’une loi sur les « absents », louée à un couple de Juifs algériens, puis rachetée par un professeur d’université israélien qui entreprend de la transformer. Sur le chantier se succèdent les anciens habitants, les ouvriers, le nouveau propriétaire, les voisins. Le film fut censuré par la télévision israélienne.

« Gitaï arrive à l’une des plus belles choses qu’une caméra puisse enregistrer en direct : des gens qui regardent la même chose et qui voient des choses différentes. Et que cette différence émeut. » Serge Daney, Libération, 1er mars 1982.

News from Home News from House (2005)

Dans News from Home News from House, la juxtaposition des récits et des souvenirs se substitue au site filmé en 1980, puis en 1997. L’espace est devenu un espace mental. Le lieu s’est décomposé en un microcosme qui se prépare à l’exil, intérieur ou extérieur. Nous assistons à la création d’une identité palestinienne nouvelle, une identité de diaspora.

Ananas (1984)

« [Dans Ananas], la stratégie d’Amos Gitaï n’est ni de ridiculiser ni de sanctionner ses sujets. Il tente plutôt de miner la confiance du spectateur dans la transparence de ce qui est dit et de ce qui est vu. Il encourage à regarder ce qu’ils représentent plutôt qu’à juger ce qu’ils sont. En conséquence, les interviews mêmes, plus que les individus, apparaissent comme des symptômes de la relation inégalitaire et complexe de l’Occident vis-à-vis du tiers monde. » (David Lusted, Framework, n° 29, 1985)