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Exposition « Mésha et la Bible : quand une pierre raconte l'Histoire »

Stèle Mésha

Photographie de la stèle reconstituée annotée de la main de Clermont-Ganneau. Tirage contre-collé conservé à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. 47 X 30 cm. 1878. Cliché : P. Imbert.

Il y a 150 ans, en 1868, un missionnaire alsacien du nom de Klein découvrit dans le pays de l’ancien Royaume de Moab, la Jordanie actuelle, une stèle en basalte noir d’une hauteur d’environ 120 centimètres. Cette découverte fit beaucoup de bruit et les Bédouins, pris dans des négociations tendues avec les Européens, et imaginant peut-être aussi qu’un trésor se trouvait à l’intérieur, allèrent jusqu’à détruire la stèle. Évidemment, il n’y avait rien ; mais la magnifique stèle avait été brisée. C’est grâce à la perspicacité de Charles Clermont-Ganneau, qui deviendra plus tard professeur du Collège de France, que cette stèle a pu être reconstruite. Il avait demandé à des émissaires d’en réaliser un estampage qui a ensuite permis, comme dans un jeu de puzzle, de recoller presque tous les morceaux.

Pourquoi cette stèle est-elle si importante ? Elle date du IXe siècle avant l’ère chrétienne et contient la première mention des quatre lettres du dieu d’Israël (souvent prononcé Yahvé) en dehors de la Bible. Elle est écrite dans une écriture alphabétique et mentionne des événements qui sont aussi relatés, quoique de manière très différente, dans le texte biblique.

Avec la participation exceptionnelle du musée du Louvre, grâce au concours du musée Bible et Terre Sainte (Institut Catholique de Paris), du musée national de Beyrouth, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, du Service historique de la Défense et de la Société française d’histoire du protestantisme, le projet scientifique et culturel de l’exposition consiste à mettre en valeur l’importance de la stèle de Mésha sur trois plans.

Tout d’abord, il s’agit de situer cette découverte dans le contexte des débuts de l’archéologie du Levant pour laquelle elle fut un événement fondateur. L’exposition retrace la découverte, la destruction et la reconstitution de la stèle grâce à l’implication de Charles Clermont-Ganneau. On peut notamment y découvrir une réplique de la fameuse stèle exposée au musée du Louvre et surtout l’estampage original, accessible au grand public pour la première fois depuis le milieu du siècle dernier. L’exposition montre ensuite la place centrale de la stèle pour l’étude des écritures du Levant ancien et l’histoire de l’alphabet. On y découvre différents exemples d’écritures alphabétiques anciennes. Un atelier permet aussi de se confronter plus directement à elles.

Enfin, l’exposition explique l’importance de ce monument pour les études bibliques. En effet, la stèle présente une vision de l’intervention du dieu tutélaire de Moab qui peut être comparée à la fonction du dieu Yahvé pour Israël. Des objets rares illustrant le contexte religieux du Levant ancien donnent une profondeur historique au parcours de l’exposition, qui permet de mieux mener cette réflexion.

En résumé, cette exposition permet de découvrir des objets et des documents aux origines de l’aventure de l’archéologie. La stèle de Mésha n’a pas fini de parler ! Elle demeure une source unique pour l’intelligence du Levant ancien.

Avant-propos du catalogue de l'exposition.

Thomas Römer, Professeur titulaire de la chaire Milieux bibliques

Caravane de chameau

Une caravane de chameaux transportant du blé de Moab à Jérusalem. Service historique de la Défense/SHDGR GR 2 K 247 146 001 0001 4.

Principaux objets de l'exposition

Cruche magique

Une cruche magique, avec des incantations en araméen, provenant de Mésopotamie autour des IVe et VIIe siècles de notre ère, prêtée par le musée Bible et Terre Sainte.

Inscription phénicienne

Une inscription phénicienne sur pierre datant d’environ 900 avant notre ère et célébrant la construction d’un mur par le roi Shipitbaal de Byblos. L’inscription est prêtée à titre exceptionnel, pour une première exposition hors du Liban, par le musée national du Liban et la direction générale des antiquités de Beyrouth.

Moulage de la stèle

Le moulage de la stèle de Mésha découverte en 1868 dans l’ancien royaume de Moab, l’actuelle Jordanie (original conservé au musée du Louvre). Datant du IXe siècle avant notre ère, elle contient la première mention des quatre lettres du dieu d’Israël (Yahvé).

Croquis de la stèle

Un des deux croquis de la stèle faits par Selîm el-Qâri et ayant permis à Clermont-Ganneau de comprendre l’importance du monument.

Portrait Clermont-Ganneau

Des archives inédites sur Charles Clermont-Ganneau, titulaire de la chaire d’épigraphie et antiquités sémitiques au Collège de France de 1890 à 1923 après son travail sur la stèle de Mésha.
Collège de France, Archives et Académie des inscriptions et belles-lettres.

Fragments de la stèle

Des fragments originaux de la stèle que Clermont-Ganneau n’a pas réussi à replacer dans la restitution du monument.
Musée du Louvre, Département des antiquités orientales.

Estampage

L’estampage original de la stèle de Mésha réalisé à Dhiban en 1869 par Yaqoub Karakava, formé à cette technique par Clermont-Ganneau.
Musée du Louvre, Département des antiquités orientales.

Informations pratiques

L'exposition sera ouverte du 15 septembre au 19 octobre 2018 de 10 heures à 18 heures. Elle débutera à l'occasion des journées européennes du patrimoine et s'achèvera avec le colloque de rentrée.

Collège de France
11 place Marcelin Berthelot
5e arrondissement, Paris

Entrée gratuite.

Un colloque scientifique « La Stèle de Mésha – 150 ans après sa découverte » est organisé les 2 et 3 octobre 2018.

Catalogue de l'exposition

catalogue expo Mésha

Le catalogue de l'exposition sera en vente au Collège de France pendant les journées européennes du patrimoine puis par la suite à l'accueil de l'établissement aux heures d'ouverture au public.
116 pages. Prix : 20 euros