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Biographie

Philippe Descola, né en 1949 à Paris, a d’abord fait des études de philosophie à l’École normale supérieure de Saint-Cloud avant de se former à l’ethnologie à l’université Paris-X et à l’École pratique des hautes études (VIème section). Chargé de mission par le CNRS, il mène une enquête ethnographique de 1976 à 1979 chez les Jivaros Achuar de l’Amazonie équatorienne dont il étudie plus particulièrement les relations à l’environnement, sujet de la thèse de doctorat d’ethnologie qu’il soutient en 1983 sous la direction de Claude Lévi-Strauss. Après avoir enseigné à l’université de Quito, il est visiting scholar au King’s College de Cambridge et attaché de recherche à la Maison des sciences de l’homme, puis rejoint l’École des hautes études en sciences sociales (maître de conférences en 1984, directeur d’études en 1989) où il développe au fil des ans lors de son séminaire hebdomadaire une anthropologie comparative des rapports entre humains et non-humains.

Professeur au Collège de France depuis 2000 dans la chaire d’Anthropologie de la nature, Philippe Descola y a dirigé jusqu’en 2013 le Laboratoire d’anthropologie sociale (UMR 7130, laboratoire mixte du Collège de France, de l’EHESS et du CNRS) tout en conservant une direction d’études à l’EHESS. Il a été professeur invité, parfois à plusieurs reprises, dans les universités de Göteborg, São Paulo (chaire Lévi-Strauss), Vienne, Rio de Janeiro (chaire Claude Bernard), Chicago, Mexico, Buenos Aires, Louvain (chaire J. Leclercq), Pékin (Beida), Mexico (UNAM), Montréal, Saint-Pétersbourg, Uppsala, au Collège de Belgique et l’Université Saint Louis de Bruxelles, à l’université Cornell et à la London School of Economics ; il a été fellow de la Carl Friedrich von Siemens Stiftung de Munich en 2007-2008 et du King’s College de Cambridge en 2014-2015 et Distinguished visiting professor au Peter Wall Institute of Advanced Studies de l’université de Colombie britannique à Vancouver; il a en outre donné des conférences dans une cinquantaine d’universités ou académies étrangères, notamment la Beatrice Blackwood Lecture à Oxford, la George Lurcy Lecture à Chicago, la Munro Lecture à Edinburgh, la Radcliffe-Brown Lecture à la British Academy, la Clifford Geertz Memorial Lecture et la Eberhard L. Faber Lecture à Princeton, les Jensen Lectures à Francfort, la Victor Goldschmidt Lecture à Heidelberg, la Edward Westermarck Memorial Lecture à Helsinki et la Georg Forster Annual lecture à Mayence. Il est président de la Société des Américanistes depuis 2002, a présidé le conseil scientifique de la Fondation Fyssen de 2001 à 2009 et la section « Sciences sociales et humaines » de la Stratégie nationale de recherche, et a été membre de nombreux conseils scientifiques, dont le Conseil stratégique de la recherche auprès du premier ministre.

Le premier livre de Philippe Descola, La Nature domestique (1986, Éditions de la MSH, traduit en anglais et espagnol) décrit et analyse l’écologie des Indiens Achuar de la haute Amazonie comme un réseau de sociabilité réunissant des acteurs humains et non-humains dans lequel facteurs techniques et écologiques, modes d’assemblage et représentations se déterminent mutuellement. Les Lances du crépuscule (1993, Plon, collection « Terre humaine », traduit en anglais, espagnol, portugais et allemand) relate sur un ton plus personnel l’expérience de la vie chez les Achuar et fait partager la manière dont se construit peu à peu une connaissance ethnographique d’autrui. Coédité avec A.-C. Taylor, La Remontée de l’Amazone (L’Homme, 1993) faisait le point sur les recherches anthropologiques, ethnohistoriques et archéologiques sur l’Amazonie indigène.

Écrit avec G. Lenclud, C. Severi et A.-C. Taylor, Les Idées de l’anthropologie (A. Colin, 1988, traduit en hongrois) s’attache à présenter cette science en retraçant la genèse des problèmes qu’elle pose et les voisinages qu’elle entretient de ce point de vue avec des disciplines voisines. C’est aussi un souci pédagogique qui a fait de Philippe Descola l’un des artisans du monumental Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie (PUF, 1991), un outil devenu classique et traduit en espagnol, italien, roumain et arabe. Enfin, Claude Lévi-Strauss. Un parcours dans le siècle, (Odile Jacob et Collège de France, 2012) réunit les communications données lors d’un hommage rendu au grand anthropologue à l’occasion de son centenaire. Devenu un livre de référence en anthropologie de l’environnement, Nature and Society (Routledge, 1996, traduit en espagnol), coédité avec G. Pálsson, réunit des contributions d’anthropologues qui remettent en cause et tentent de dépasser le dualisme de la nature et de la société, tandis que Antropología de la Naturaleza (Lima 2003) offre aux lecteurs hispanophones une introduction aux principaux concepts de l’anthropologie de la nature. Par-delà nature et culture (Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines », 2005, traduit en dix langues) propose une approche nouvelle des manières de répartir continuités et discontinuités entre humains et non-humains fondée sur une conception structurale de l’ontologie entendue comme classification des qualités des êtres et systématique des relations qui les unissent.

Diversité des natures, diversité des cultures, (Bayard, 2010, traduit en italien, espagnol et portugais) est une conférence destinée à initier un jeune public aux diverses manières d’appréhender et de traiter les plantes et les animaux. La Fabrique des images. Visions du monde et formes de la représentation (Somogy, 2010) est le catalogue coordonné par Philippe Descola de l’exposition du même nom qu’il a organisée au musée du quai Branly de février 2010 à juillet 2011 afin de mettre à l’épreuve des images du monde entier les schèmes ontologiques qu’il a isolés dans ses travaux. L’écologie des autres. L’anthropologie et la question de la nature (Quae, 2011, traduit en anglais, italien et allemand) est une réflexion épistémologique sur la façon dont les sciences sociales abordent les rapports entre sociétés et environnement. Prenant la forme d’un dialogue avec le philosophe Pierre Chnnier, La Composition des mondes (Flammarion, 2014, traduit en espagnol) est une réflexion rétrospective sur l’évolution et les étapes, tant ethnologiques qu’anthropologiques, de l’œuvre de Philippe Descola qui offre l’occasion tout à la fois d’éclaircir certains enjeux contemporains de sa pensée et de mieux préciser le contexte intellectuel dans lequel elle s’est constituée. Être au monde. Quelle expérience commune ? (Presses universitaires de Lyon, 2014) est la transcription d’un débat public mené à Grenoble avec le célèbre anthropologue britannique Tim Ingold qui permet notamment de mettre en lumière les points de convergence et de divergence entre la démarche de ce dernier (l’anthropologie de l’habiter) et celle de Philippe Descola (l’anthropologie de la nature), en apparence assez proches, mais que bien des différences séparent, tant dans les méthodes que dans les attendus philosophiques. Quant à Cultures (INSEP/ Le Pommier/ Carnets Nord, 2017), un titre choisi par l’éditeur, il s’agit de la version transcrite d’un entretien télévisuel consacré à l’anthropologie du corps dans lequel Philippe Descola interroge le rapport au jeu et au sport des sociétés non modernes.

Des actes de colloques édités, des ouvrages de vulgarisation et plus de 150 articles scientifiques et chapitre de livres viennent compléter ces ouvrages.

Prix et distinctions

Philippe Descola a reçu la médaille d’argent du CNRS en 1996 et la médaille d’or en 2012 ; le prix Édouard Bonnefous de l’Académie des sciences morales et politiques en 2011 ; la médaille d’or de l’Académie d’agriculture de France en 2014 et le Prix Cosmos du Japon en 2014. Il est Commandeur dans l’Ordre de la Légion d’Honneur (2016), Officier dans l’Ordre national du Mérite (2004), chevalier dans l’ordre des Palmes académiques (1997). Il est membre étranger de la British Academy et de l’American Academy of Arts and Sciences et docteur honoris causa de l’université de Montréal.